Machines d'aménagement paysager
Québec, Canada
Projet fondé par le FRQSC
Le projet Landscape machines explore le thème de la porosité et de la transformation des territoires sensibles, tels que les décrit Gilles Clément. Il se déroule dans une ancienne carrière située à proximité des ruines d’une briqueterie démolie. Une cartographie stratigraphique – presque archéologique – permet de comprendre la structure spatiale du site, depuis sa topographie et sa végétation jusqu’à ses différents environnements auditifs et olfactifs.
Une série de neuf interstices distincts, mis en évidence grâce à des visites sur place et à des études, a été choisie pour accueillir les murs poreux. Ces éléments sont conçus comme une sorte de « refuge », des lieux où le nomade urbain peut venir se reposer. Le mur poreux permet de mesurer la relation entre le soi, le corps et le paysage ouvert. Au début du processus, chaque mur est un monolithe de dimensions régulières (0,80 m x 2,4 m x 12 m), qui est ensuite déformé, percé et creusé par les tensions perçues dans le paysage et par les différentes possibilités et exigences de l’habitat minimal.
En tant que médium, le mur poreux crée un lien entre l’espace ouvert et le sujet. Le mur, délimiteur typique de l’espace habitable, devient habité et se libère de sa définition de « limite » pour se fondre dans le paysage. Ceux qui l’habitent se retrouvent en contact direct avec le paysage environnant, dans le creux d’un objet-intervalle.
Cette architecture poreuse allie l’abstraction du volume pur, uniforme en tous points, à la complexité de son emplacement. C’est une architecture qui « pousse » comme les graines semées dans un champ, telle que la décrit Gilles Clément : elle s’immerge dans l’environnement où elle se trouve, acquérant des formes propres à chaque situation.
Assistants : M. Boucher-Côté, J.B. Morissette, M. L’Hébreux, M. St-Amand, S. Bernier-Lavigne, E. Cardu-Gobeille, Gabrielle Nadeau, M.I. Calvo, K. Demin, E. Bernier, A. Arsenault
La topographie, la végétation, les textures du sol, les cours d’eau, les vestiges d’anciens bâtiments et les ruines sont répertoriés et indiqués sur le plan du site de la carrière. Cette lecture stratigraphique permet de comprendre progressivement l’évolution du paysage et les relations qui s’établissent entre les différents éléments qui composent cet environnement.
Une étude photographique à 360° autour du point d’intervention ajoute une dimension paysagère aux éléments caractéristiques de chaque site spécifique. Les éléments du paysage qui semblent importants pour le projet sont identifiés en fonction de leur emplacement dans le champ visuel. Cette nouvelle couche d’information établit un lien entre le site et les éléments visuels du paysage environnant.
Si ces distorsions contribuent à faire de l’objet architectural un élément en symbiose avec le site et le paysage, le mur poreux n’est pas encore un élément qui invite à la présence humaine, même si on le considère comme un « logement » réduit au minimum.
Intégrés au site et immergés dans le paysage, les murs sont déformés et perforés, laissant ainsi place à l’habitation. Une architecture « d’intervalle » émerge dans le contexte du troisième paysage, telle un instant fugace, une pause, dans la continuité du lieu.